Funérailles annoncées du Chef Supérieur BANGOU

Sa Majesté TAYO II pendant une de ses visites en France

Sa Majesté TAYO II pendant une de ses visites en France

Depuis le 16 novembre 2018, Sa Majesté Marcel TAYO II n’est plus.
Depuis 1979, Il succède à son père DJOMO Christophe. Il règnera ainsi jusqu’à la veille de ses quarante ans de pouvoir, anniversaire dont la préparation était en cours, étant donné que cette longévité de règne était sans précédent dans Bangou.

L’homme, grand rassembleur et entrepreneur de tout genre, durant son règne a eu pour leitmotiv de rehausser l’image du village Bangou. Sa disparition brutale plonge tout le village dans la tristesse et l’émoi.
Néanmoins ne dit-on pas que « le Roi est mort, vive le Roi »? Ou que « le Roi ne meurt jamais »?
Mais, tout préalable en pareille circonstance veut que l’on annonce et fait officiellement les funérailles du Chef Supérieur.
Ces deux évènements sont prévus le lundi 28 novembre 2018, correspondant au jour hebdomadaire traditionnel NZENJOUOH.
Il est à noter néanmoins que ces évènements à la fois rares et intéressants par leur richesse culturelle, se préparent en fond d’une crise de succession à la tête de la Chefferie supérieure, sous-tendue par une crise institutionnelle qui sévit dans Bangou depuis plusieurs dizaines d’année.

Ce jour, comme dans toute Chefferie Supérieure Bamiléké, est important dans toutes ses ponctuations.
On verra en plus des évènements concernant les funérailles à proprement parlées, l’arrestation du nouveau Chef, puis sa conduite vers le Lah-kep pour son initiation qui durera neuf (9) semaines traditionnelles soient soixante douze jours (72). Oui la semaine traditionnelle compte 8 jours

Suite du Prince héritier au Lah-kep

           L’initiation au Lah-kep se fait par le grand maître initiateur, entouré de son groupe de dignitaires qui ont tous en leur possession un totem. Le prince héritier ne bénéficie pas seul de cette initiation, il est entouré d’une part de ses plus proches collaborateurs et d’autre part de ses nouvelles épouses.

L’adjoint au chef, appelé Nchuipou

        Il est le frère consanguin du prince héritier, et subit presque le même rituel d’initiation que celui-ci. Son rôle peut être résumé en cinq points qui sont :

  • Il est appelé à remplacer le prince héritier, notamment lorsque la stérilité de ce dernier est avérée. Puisqu’il subit la même formation que son frère, il n’y a aucune perte de temps en cas de substitution, et, par conséquent, le programme d’initiation et d’intronisation du nouveau chef est respecté. Il est donc le futur chef du village si le prince héritier, pendant son séjour au Lâ’kam, ne procrée pas.
  • Dans des cas exceptionnels où le prince est retenu comme futur chef en dépit de sa stérilité, le Nchuipou sert de paravent au chef pendant son règne, en faisant des enfants en lieu et place dudit chef, mais en toute discrétion car, dans ces circonstances la stérilité du chef n’est jamais dévoilée.
  • Il assure la régence lorsque le chef meurt précocement, en ne laissant que des enfants mineurs.
  • A la demande du chef ou quand celui-ci est moins viril, l’adjoint régule la multiplication de la descendance princière en aidant le chef à faire des enfants avec les nombreuses femmes de la cour.
  • Le Nchuipou est le meilleur représentant du chef où qu’il soit : il est le plus digne de confiance, il lui est dévolu plusieurs missions du chef, etc. Il est d’ailleurs aussi nanti de pouvoirs de protection et de vision que lui procure l’initiation du prince.

Le Sop Nkoh-kelog

C’est un fils ou petit-fils du défunt chef que le prince héritier choisit. Il a pour rôle d’être en quelque sorte les « yeux et les oreilles du chef », c’est-à-dire qu’il est censé dire au chef tout ce qu’il observe et entend, car il a reçu lors de son initiation des techniques et pouvoirs d’observation et d’enquête.

La whou-nkoh

C’est une fille, petite-fille ou arrière-petite-fille de la chefferie. Comme son nom l’indique, elle est l’enfant la bien aimée du chef. C’est l’enfant qui bénéficie de toute la tendresse du chef.

Mè-ngueup

Elle est la première épouse du prince héritier. Un espion de la chefferie travaille à détecter de belles demoiselles du village qui reflètent ses goûts. Il faut noter qu’une copine du prince est souvent approchée à cet effet, à la demande de celui-ci ; mais elle doit être une fille du village pour prétendre à cette illustre place. De toute manière, elle doit être trouvée au cours des premières semaines du séjour du prince héritier au Lah-kep. La Mè-ngueup est initiée bien plus que les autres femmes présentes au Lah-kep: elle doit avoir plusieurs totems, signe de puissance.  C’est elle qui une fois sortie de la case d’initiation a ce rôle de dresser un calendrier de passage des autres femmes du chef dans la chambre de ce dernier. Elle seule c’est-à-dire la reine bien aimée du chef, décide du rapport intime qui doit exister entre son époux et ses coépouses. Elle est considérée comme « l’unique véritable épouse du souverain ». On peut dès lors voir qu’elle bénéficie de beaucoup d’honneurs et de faveurs de la part de ses coépouses.

C’EST QUOI LE LAH-KEP?

Le lah-kep signifie le « village des notables ». Tout futur chef doit y séjourner avant son intronisation. Cette légitimité lui confère l’autorité de chef. Il devient le garant de la prospérité et de la suivie de sa Chefferie, de sa communauté.

Dans toutes les chefferies Bamiléké l’accession au pouvoir se fait généralement de père en fils. Tous les fils du chef entrent en compétition avec les mêmes chances d’être désignés selon leur mérite. Ils sont jugés sur leur travail, leur intelligence et leur aptitude à maîtriser et à respecter la coutume. Les vœux du défunt chef quant à sa succession ne constituent pas un choix définitif. C’est le « conseil des Sept », qui choisit le futur chef lors d’une grande « cérémonie d’arrestation ». Le « conseil des Neuf » se charge d’assurer la formation du nouveau chef durant son séjour au Lah-kep.

Le Lah-kep est un lieu de retraite où pendant neuf semaines traditionnelles, le futur chef subit une formation d’investiture et d’initiation aux mystères du royaume. Pendant ce temps, il est entre autre placé au contact de plusieurs femmes qu’il doit en principe, mettre enceinte. Au moins l’une d’elles doit concevoir d’un garçon qui pourra être le futur successeur en cas de décès imprévu. A la sortie du Lah-kep, le chef est nettoyé de toute sa vie passé. Vêtu de vêtements royaux, il est investit devant son peuple tout entier dans des danses et des chants de joie.

IV- RÔLES OU IMPORTANCES DE LA FEMME DANS L’INITIATION AU LÂ’KAM

La femme joue un rôle primordial quant à ce qui concerne l’initiation au Lah-kep. Ceci en :

  • Assurant la sécurité du prochain chef du village. Elle doit à chaque fois goûter le repas du prince et de son adjoint pour éviter tout empoisonnement de ces derniers.
  • Devenant enceintes lors de leur séjour au Lah-kep, elles certifient à tous que le prince jouit d’une santé irréprochable, faute de quoi, le trône ne lui sera pas destiné.

Lah-kep

Entrée Chefferie Supérieure Bangou

Entrée Chefferie Supérieure Bangou


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Lah-kep peut être défini comme une case sacrée, initiatique du prince héritier et de sa suite.
C’est une case sacrée, dans laquelle le prince héritier, son adjoint et leurs compagnons de règnes sont appelés à passer neuf semaines durant lesquelles ils seront initiés aux valeurs traditionnelles, mystiques et religieuses du village.
Ils reçoivent durant ces neuf semaines d’initiation, des méthodes idoines pour l’administration du village. Cette pratique initiatique, comme nous le savons tous, s’inscrit dans le cadre du cours de Vision africaine du monde, et est rencontrée dans tout le pays bamiléké c’est-à-dire à l’ouest et au Nord-ouest du Cameroun.
cf l’ouvrage de Dieudonné TOUKAM intitulé « Histoire et anthropologie du peuple bamiléké ».

1. LE CHOIX DU SUCCESSEUR ET SON ADJOINT
Dans la pratique, Le choix du successeur se fait par le chef lui-même avec l’aval des membres du conseil des notables, qui sont capables de dire après avoir interrogé « le futur » si tel enfant peut garder ou non un totem, un « secret d’Etat », s’il est disposé à gouverner. Par ailleurs, le successeur et son adjoint (Chuipoû) doivent être des fils nés durant le règne du chef.
La notion de parcours scolaires ne relève pas des critères pour le choix du successeur. Toutefois il va s’en dire que l’intelligence et la sagesse du chef et de son adjoint étaient mises à l’épreuve d’une autre manière, aussi bien par leur père que pendant leur initiation au Lah-kep.

2.  L’INITIATION AU LAH-KEP
* Des funérailles à l’arrestation
Tout commence pendant les funérailles qui sont différentes de l’enterrement.
Les funérailles par définition, sont l’occasion de réunir les voisins du mort, la famille au sens élargi, les associations auxquelles il appartenait, et de montrer combien il était aimé, combien il comptait pour la collectivité. À vrai dire c’est une fête, avec des danses autour du tam-tam, des tours de deuil, des costumes et des coiffures assortis pour la circonstance, puis des obligations de toutes sortes pour les familles.
Quant à l’enterrement du Chef Supérieur, c’est une tente vide qui symbolise sa disparition. Seule une photo rappelle sa personne. Cet acte a eu lieu en privé car personne en dehors des grands initiés ne l’a vu mort ni enterré.

C’est ainsi que devant des grandes personnalités, le village, des voisins, des membres de la famille, etc. il y’a un homme drapé de rouge qu’on nomme le maître de la foudre, qui se promène en regardant le ciel comme s’il chassait les nuages en pensée. Tandis que les veuves du récent chef mort et les princes parmi lesquels se trouve le successeur  sont vêtues avec des vêtements de couleur blanche.

* Début du lah-kep
C’est à l’heure où le soleil décline, qu’un mouvement de foule annonce que le moment de l’arrestation du futur Chef Supérieur est venu:

Nze-ndop

Nze-ndop

Quelques notables se saisissent d’un prince, celui que son père avait secrètement désigné depuis longtemps, lui couvrent le visage d’une étoffe et l’emportent à toute vitesse vers le lah-kep, le lieu protégé où il devra rester neuf semaines traditionnelles.

Il ne comporte ni porte ni gardes, mais une tente à l’entrée, sous laquelle un porte-parole reçoit les candidats aux visites, puis un labyrinthe assez bref entre des contrevents (des nattes tressées qui abritent des regards et de la poussière), une sorte de couloir coudé, sans toit, qui mène à l’endroit où le futur chef se tient debout, pendant qu’une musique est chargée de couvrir le bruit de la conversation. C’est là qu’à certaines heures, il reçoit les hommages des notables, des visiteurs de marque et même des enfants des écoles. Les cadeaux sont bienvenus.

* La fin du lâ’kam
Une dizaine de jours avant sa sortie officielle, le futur chef sort du Lah-kep, le long du bois sacré, pour venir s’asseoir dans la chefferie, entouré de quelques centaines de personnes. C’est la sortie rituelle, annoncée par le seul bouche à oreille, et la ruse à un but précis : que les gens du village soient les seuls concernés, sans officiels et sans discours. Cela permet au régent de faire une sortie discrète.
Ce régent était autrefois un homme du village, qui séjournait dans une case avant d’être banni, car le roi ne devait ni connaître ni croiser celui qui avait tenu son rôle.
Désormais on procède autrement : on choisit quelqu’un dans un autre village, qui doit simplement faire acte de présence, afin qu’il n’y ait pas de rupture dans la succession. Après quoi on l’exfiltre en le couvrant de cadeaux, et ce personnage qui n’était rien devient notable à son tour, mais rentre dans son village d’origine.
Le jour de la sortie officielle, nous assistons de nouveau à la présence des grandes personnalités, du village, des voisins, des amis, etc. Et le maitre de la foudre qui au moment des funérailles était en rouge aura une autre couleur pour la circonstance.
C’est ainsi que par de cérémonies diverses le nouveau Chef Supérieur sera intronisé et on dira alors à voix haute et à l’unissons « Vive le Roi ».
Bibliographie: « Histoire et anthropologie du peuple Bamiléké »D.TOUKAM